Commune de Menet - Cantal
Le Lac de Menet

La présentation de notre Lac

Le lac de Menet est un lac naturel de verrou glacière. Il se situe à une altitude d’environ 700 mètres. Il s’étale sur une superficie de l’ordre de 14 hectares pour un périmètre d’environ 1 700 mètres. Orienté Nord Sud, sa longueur maximale avoisine les 700 mètres et sa largeur maximale 300 mètres.

La profondeur maximale du plan d’eau serait de l’ordre de 6 mètres dans sa partie ouest, c'est-à-dire au pied du Puy de Menoire. Son bassin versant est très restreint. Il est limité à l’ouest par le Puy de Menoire, au sud par le village de Menet et au nord par le village du Liocamp.

Son alimentation se fait par des sources qui apparaissent au sein des prairies situées sur le flanc Est du Puy de Menoire. L’exutoire est situé au Sud-Est du lac sous la forme d’un écoulement lent au travers d’une végétation dense d’hélophytes. Ces derniers jouent un rôle de filtre et les eaux qui arrivent dans la Sumène sont relativement fraîches (sachant que la température des eaux de surface du lac peuvent atteindre 29°C en été) claires (piégeage des matières en suspension) et épurées (fixation des éléments minéraux : azote et phosphore).

On retrouve également sur la partie sud du lac une frange importante d’héphylotes (phragmites). Le lac présente également quelques stations de nénuphars blancs et jaunes, d’Iris aquatiques mais surtout la seule station de châtaignes d’eau (Trapas natans) du département du Cantal. Cette espèce, bien que non protégée, est inscrite sur la liste rouge régionale (espèce prioritaire). Voir croquis du lac

Controverses géologiques

Les hypothèses géologiques concernant la formation du lac de Menet sont nombreuses et parfois contradictoires.

Certains comme Monsieur GLANGEAUD, professeur à Clermont- Ferrand a signalé dans une communication à l’Académie des Sciences sans précisé: le volcan de Menet.
Dans "les annales géographiques" de 1895-96, l'éminent Marcelin Boule ecrit de son côté: " Si nous considérons les massifs volcaniques nous verrons que le Cantal et le Mont-dore sont des cônes gigantesques résulant de l'accumulation de matériaux ignés autour des bouches de sorties"

Citons encore le même géologue: "les masses forgées par les feux souterrains, ont été façonnées, sculptées, ciselées de mille manières par les précipitations atmosphériques... L'eau a accompli son oeuvre non seulement sous la forme liquide, mais encore sous la forme solide... La topographie glaciaire est caractérisée par la présence de milliers de buttes arrondies, moutonnées et ces buttes sont tout particulièrement nombreuses dans les environs de Lanobre, de Riom, de Menet et de Saignes... Dans la région comprise entre Menet et Riom, les buttes moutonnées de gneiss de granulite et d'amphibolite percent un manteau presque continu..."

Dans son docte ouvrage "Les lacs Français" M. DELEBECQUE opine :

" Les lacs de Menet et de Madic notamment seraient dus au déblaiement par les glaciers de parties altérées de massifs rocheux. Il est reconnu à présent que la moraine frontale d'un glacier, ne forme qu'une partie d'un assemblage topographique plus complet. En général, elle est suivie à l'aval d'un terrain de matériaux roulés et elle est précédée à l'amont d'une dépression dont le front se trouve notablement plus bas que la terrasse. La terrasse située à l'aval de la morraine, s'appelle " terrasse fluvio-glaciaire", elle a été formée par les matériaux que déposait le torrent du glacier pendant le stationnnement de ce dernier..."

La moraine frontale du glacier, procréateur du lac de Menet devait se trouver apparemment au nord-ouest, elle est précédée à l'amont de la dépression que domine le village de liocamp. Voir croquis.
Quant à la terrasse fluvio-glaciaire, elle serait représentée notamment par la butte du Pech, et par les prés de Panchouly et du Chassan".

Mais citons encore M.BOULE qui précise comme suit le cas du lac de Menet: " Un certain nombre de cuvettes rocheuses ont été exhaussées par des barrages morainiques, on a alors affaire à des lacs mixtes".

Depuis une date moyenâgeuse à déterminer, le lac de Menet appartenait en propre aux seigneurs de Murat l’Arabe.

On lit dans "Dictionnaire Deribier du Chatelet" qu'au XVIIème siècle, FOULGERAND DE BERANGER, seigneur de Murat, en entreprit le dessèchement, et fit creuser une tranchée d’évacuation en direction de la proche vallée de la Sumène. Mais il devait traverser les prairies du Seigneur de La Clidelle, qui ne l’entendait pas de cette oreille! Il s’en suivi un long procès et … l’abandon des travaux.

Un siècle plus tard, Louis DE BERANGER reprit l’exécution du même projet, sans plus de succès. Le chenal encore visible de nos jours, près de la route de Bort-les-Orgues, et que les Menétois appellent « La rasa del lac » est peut-être un vestige de cette entreprise.

Les années passèrent sans que nul particulier ne manifestat le droit d’en user de façon exclusive.

 Après la révolution, on put croire que, comme l'église, le lac de Menet était devenu propriété communale.

 Le 23 octobre 1825, Monsieur Eugène DERIBIER, de Tautal Soubro, maire de Menet réunit son Conseil Municipal, lequel prit à l’unanimité, la délibération suivante:

« Considérant que le lac est nuisible aux récoltes des propriétés qui l’avoisinent, et après avoir mûrement examiné l'intérêt général des habitants de la commune, notamment celui des riverains du lac, a unanimement décidé que la commune était intéressée au dessèchement du lac ou marais de Menet ».

Une ordonnance de Charles X prise le 21 mars 1830, quatre mois avant sa chute, autorise l’assèchement du lac de Menet.

On se perd en conjectures sur les obscures raisons qui poussèrent les Menétois à vouloir supprimer leur lac.

Peut-être espéraient-ils à l’exemple des Hollandais, gagner à la culture une quarantaine d’arpents? De toute façon, le problème technique n ‘aurait pas été aisé à résoudre : la perspective de creuser un chenal profond d’au moins dix mètres dans les roches anciennes n’avait rien d’une sinécure ! Quant à la « nuisance » provoquée par la présence du lac, elle nous laisse perplexe. Nous ne saurons jamais quels arguments furent avancés par les conseillers municipaux auteurs du projet. C’est bien regrettable.

 Enquête du 15 février 1827

1) Antoine CHAUMIÈRE: "Le lac étant propriété, eux auquel les habitants des lieux environants, avaient eu dans le temps le droit de jouissance pour y abreuver les bestiaux, faire rouir leur chanvre et irriguer leurs propriétés adjacentes. En cas d'incendie, c'était le seul endroit où l'on pu puiser de l'eau et qu'ailleurs, dans le cas ou il serait jugé que le dessèchement dû avoir lieu, il demandait à être indemnisé en nature, c'est-à-dire qu'il lui serait abandonné par le baron d'Auzers, de terrain à prendre sur le fonds où est situé le lac en compensation de lui... ??"

 2) Jean ANRIC : propriétaire habitant le bourg, opposant, réclame droit de propriété.

 3) François CHALVIGNAC : " dit qu'il s'oppose à ce que le dessèchement eut lieu, parce que son pré désigné sur le plan, deviendra de nulle valeur, qu'autrement il demandait que le baron d' Auzers, lui paye l'entier prix dudit pré"

 Plusieurs personnes réclament le droit de propriété, notamment JOURNIAC de Menet.

 Réponse :

 " Vu la défence faite par le Baron d' Auzers à tous les habitants de Menet et autres, de pêcher dans le lac de Menet appartenant à Monsieur d'Auzers a été affichée à la porte de l'église de Menet et copie déposée à la mairie (9 février 1822)."

 Mais si cela ne suffisait pas, ce dernier produirait le terrien dans lequel les héritages limitrophes du lac, sont désignés, confirmant le lac au seigneur de Murat, le Baron d'Auzers produirait encore les derniers ... lieux ???) et dénombrement de la terre de Murat (23 janvier 1783), dans lequel le lac est désigné propriété du seigneur de Murat-l'Arabe, que le Baron d'Auzers représente.

 Acte de propriété

L’autorisation de dessèchement eut pour effet de faire soudain surgir un propriétaire, Monsieur DEDOUHET D’AUZERS. Etait-il amoureux de la nature ou tout simplement intéressé par les quinze hectares de terrain à récupérer ? Toujours est-il qu’il se manifesta de façon intempestive en faisant mettre une barque à flot et tendre des engins de pêche le 3 juin 1831. Ce fut un beau tollé dans le bourg de Menet à l’annonce de cette nouvelle ! Et autour du lac ! On dit que les grenouilles, étourneaux, poules d’eau et autres canards sauvages, le vent dans les roseaux de la rive, les naïades, même les carpes pourtant réputées pour leur mutisme, entonnèrent à l’unisson un cri de vengeance !

Vive réaction municipale

La réaction de la municipalité, avec à la tête le Docteur DEMURAT Jean Charles, de Fosse, ne se fit pas attendre. Le 11 août 1831, le conseil municipal rédigea quelques attendus cinglants, en un style révolutionnaire que dut fort peu priser le Préfet royaliste d’alors. En voici quelques échantillons :

- « considérant que le Sieur DEDOUHET, d’AUZERS, cherche à s’emparer d’un lac dont la commune de Menet a joui sans trouble depuis un temps immémorial, qu’il est de notoriété publique que, de tout temps, les villages les plus rapprochés du dit lac et même les plus éloignés y ont fait rouir leur chanvre sans éprouver la plus petite opposition ; que quiconque a voulu y pêcher a pu le faire toutes les fois et comme lui a semblé, sans jamais avoir été troublé dans cet exercice. »

- « considérant que le régime féodal a été aboli par la loi du 4 août 1789 ; que l’article 8 de la loi du 28 août 1792 réintègre les communes dans tous les droits dont elles avaient été dépouillées par les ci-devant seigneurs »

- « le conseil municipal est d’avis qu’il y a lieu d’autoriser Monsieur le Maire de Menet, devant les tribunaux compétents, à plaider jusqu’à jugement définitif et même par appel s’il y a lieu. » (délibération du 21 août 1881)

Epilogue

Monsieur DEDOUHET répliqua en exhibant un « terrier » du 23 mars 1638, puis un dénombrement, en date du 27 janvier 1788, des immeubles composant la seigneurie de Murat l’Arabe. Le conseil municipal se réunit de nouveau le 16 octobre et confirma avec véhémence sa délibération antérieure.

Dès lors, il n’était plus question de dessécher le lac, mais de lui trouver un propriétaire ! Le 11 mars 1834, revenant sur ses décisions passées, la municipalité, « suivant à la lettre l’avis des avocats composant le conseil consultatif d’arrondissement, est d’avis qu’il n’y a plus lieu d’autoriser Mr le Maire à ester en justice. »

Le lac est sauvé. Lors de l’établissement du cadastre en 1837, il est immatriculé sous le N° 481 section H, au nom de Monsieur DEDOUHET, pour une superficie de 14 ha 48 a 64 ca. Quant au brusque revirement de la municipalité, il est difficile de l’expliquer. Y eut-il pression de la part des pouvoirs publics ?

Depuis 1837, le lac changea plusieurs fois de propriétaire. En 1878, Monsieur DEDOUHET le revendit à Monsieur TOPPIN, chef de comptabilité à Rodez et grand amateur de pêche. Enfin, en 1903, il devint, ironie du sort, la propriété de Monsieur Paul Marie Félix Joseph DEMURAT, propre neveu de l’éloquent maire protestataire de 1831.

Il appartient actuellement à la famille BONNET.

(Jacques MALLOUET 1971).

Ce lac qui faillit disparaître

Une légende, vieille comme le haut pays cantalien prétend que les lacs de montagne et leurs acolytes les « sucs » sont de connivence et s’entraident.

Un été torride menace t’il de dessécher un lac?

Aussitôt une sourde plainte monte du fond des eaux, et le pic accroche les nuages, faisant éclater un orage qui remplit la dépression. Quelquefois c’est le lac qui vient à l’aide du « suc ». Par les crépuscules d’accablante chaleur, il se recouvre de vapeur diaphane et emmitoufle les flancs de la colline d’une écharpe de brume humide apportant à la végétation assoiffée, un bienfaisant sérum qui permettra de survivre dans l’attente des premières pluies automnales.

Parfois aussi, les lacs se secourent mutuellement. Bien connue des habitants du pays est la comptine suivante :

« O ! lac de Vès Minit !
Secourès lou lac del Fallut.
Que lou vouloum fuère tarir. »

 « Oh ! Lac de Menet !
Secourez le lac du Fayet.
Qu’on veut faire tarir. »

Les rôles auraient pu être inversés car les habitants de Menet furent assez fous, jadis et naguère, pour décider à maintes reprises le dessèchement de leur lac.
Non ce n’est pas une galéjade!

Poème n°1

Poème n°2